Nizar Ali Badr, artiste-sculpteur syrien

Né à Lattakié, en Syrie en 1964
Vit et travaille à Lattakié, en Syrie

Les pierres du sculpteur Nizar Ali Badr racontent la grande tristesse syrienne. Badr a choisi de sculpter ses œuvres avec les pierres du mont Saphon, connu sous le nom de Djebel Al Agraa qui se trouve à une cinquantaine de km de Lattaquié. Il a, avec ses amis les pierres, « une relation humaine morale », car, dit-il, « ne ressent le malheur des pauvres que celui qui fait partie de leur terre ».

Badr explique qu’il a incarné les populations syriennes déplacées dans 10 personnages. « Mon imagination est sans limites. Je transforme ces pierres en des récits tissés par mon imagination mêlés à l’amertume de la réalité ». Ce travail, Badr le considère comme le plus proche de ce qu’il ressent : « c’est le cri des pauvres dans un temps où toutes les personnes sont devenues de simples chiffres qui attendent la mort ». Les pierres sont, pour le sculpteur syrien, des mots à travers lesquels ils racontent des histoires et des récits. « Cela commande d’aimer ces pierres, de comprendre leur alphabet… de continuer ensuite et de persister ».

Les travaux de Nizar Ali Badr – près de 2000 œuvres – réalisés ces dernières années représentent ce qui se passe en Syrie, cela va des responsables corrompus aux hommes de religion et tout ce qui a mené le pays aujourd’hui vers « l’ignorance ». Ces œuvres ne sont pas destinées à la vente, Nizar Ali Badr a décidé de les garder comme un message aux prochaines générations d’autant qu’il ne termine pas un travail sans que ses « larmes eurent lavé ses pierres de tristesse et de douleur à cause des destructions et du chaos qui règnent dans le pays ».

Le sculpteur veille à ce que les pierres proviennent du mont Saphon précisément : « Ces pierres savent crier et leurs voix sont plus fortes que les balles. Malheureusement, chaque fois que je termine une sculpture de pierres assemblées, je dois la détruire, parce que la fixation des pierres avec de la colle spéciale sur des supports spéciaux est devenue beaucoup trop chère de nos jours.  La seule chose que je puisse faire à l’heure actuelle est de prendre des photos de mes œuvres d’art éphémères : ceci est mon moyen de les immortaliser.  Donc, quand je crée une sculpture en pierre, je sais avec certitude qu’il n’y a rien ici pour la retenir. Elle sera, sans nul doute, détruite sous peu de temps, tout comme les mandalas de sable bouddhistes. A cause de cela, il y a un caractère éphémère inhérent à mon travail qui exige une capacité de se détacher des objets matériels et de comprendre la nature temporelle de toutes les choses dans la vie. »

Les conditions de vie dans toutes les villes syriennes sont devenues difficiles mais cela n’est pas une raison suffisante de quitter le pays du point de vue du sculpteur. Et encore moins de quitter sa ville de Lattaquié. La Syrie, pour lui, est la plus « pure des terres ». Badr se décrit volontiers comme un « homme de pierre qui ne s’intéresse qu’à l’amour de la Syrie et œuvrer à le marquer dans la pierre ». Le sculpteur préfère ne pas parler de religion et de politique. Ce qui se passe en Syrie ressemble, selon lui, « à une arène de combat de taureaux. Le monde regarde et applaudit. Tous le monde participe à la danse sur le corps des pauvres ».

Son travail de sculpteur est tout à la fois liberté, passion et mode de subsistance. La raison pour laquelle il n’a pu trouver un emploi traditionnel est « qu’il aurait dû verser une commission » précise-t-il. « La corruption, c’est comme le ver dans la pomme. C’est pour cela que je n’ai pu trouver d’emploi. Alors je soutiens ma famille par mes travaux de sculpteur libre ».

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