Khaled Dawwa, artiste-sculpteur syrien

Né à Musyaff, en Syrie en 1985
Vit et travaille à Marseille, en France

Khaled Dawwa est diplômé de la Faculté des Beaux Arts de Damas, section sculpture en 2007. Il travaille la glaise et ses sculptures sont à l’image des Syriens : fragiles, friables, malléables, mais toujours vivants. La beauté de ses sculptures tient aux attitudes de ces personnages dont la position recèle les états d’âme.

Dès 2007, l’œuvre de Khaled Dawwa renvoie à un univers rempli d’attente. Cette attente, présente à la fois comme acte et comme absence d’acte, est un appel, un espoir et un regard tourné vers l’extérieur, en même temps qu’un silence, un vide et un repli muet sur soi. Le monde qu’il capte et ses figures ne cessent de creuser cette question et sont à leur tour rattrapées par ce paradoxe. L’oscillation entre leurs limites marque les figures fragiles de Khaled Dawwa, et leur confère une énergie particulière ; elles avancent sans mouvement, éclairées d’ombre. Le début du conflit en Syrie est à l’origine d’une rupture, voire d’un changement radical dans l’univers d’attente de Khaled Dawwa.

Son langage et son travail se métamorphosent avec le cours des événements de façon palpable. Les outils et les matières utilisés évoluent, plus légers, plus « clandestins », ils tentent de manifester à leur tour, d’en dire encore plus ; les figures et leur monde se transforment également, mais toujours avec cette attente en toile de fond. Des œuvres comme Dissidence, Froid et Où as-tu perdu ton corps ? rappellent cette continuité dans l’œuvre.

Au milieu de l’année 2013, le quartier où se trouve son atelier est bombardé et Khaled blessé. Arrêté puis emprisonné, il est livré à l’Armée pour y effectuer son service. Refusant tout engagement militaire, il déserte et doit fuir la Syrie. Passé au Liban, il vit pendant un an dans la clandestinité avant de partir pour la France où il arrive en octobre 2014. Ce long périple d’un an et demi, où il aura connu l’hôpital, la prison, l’enrôlement, l’exil, intimement lié aux événements qui se déroulent en Syrie, traverse aujourd’hui son œuvre et lui imprime une marque profonde.

Mot de l’artiste

Texte écrit par Khaled Dawwa dans le cadre de sa série de sculptures intitulée ‘Compressés’

Je vais exploser, tout en moi est sur le point d’exploser.
Ferme les yeux et imagine, tu es tout entier dans une surface d’un demi-mètre carré.
Entouré par des tas d’êtres humains, sur cette surface d’un demi-mètre fois deux.
Imagine que tu vis tous les détails quotidiens, les repas, les boissons, le froid, la douleur, la nostalgie, le jeu, la maladie, le chant, le sommeil, le délire, la peinture, la faim, les insultes, la mort, juste sur cette surface,
Compressé …. Et je ne peux pas sortir
Dans ce carré, je n’ai plus de contours
Les corps des autres sont le mien.
Une main qui bouge, c’est peut-être la mienne, la sienne, c’est peut-être encore la nôtre
« Ne bouge pas »… tu n’as pas le droit de bouger.
Compressé
Et je veux dormir… « Apprends à dormir debout »
Je veux crier ou peut-être bien pleurer… « Possible, tant que tu ne vocifères pas »
Compressé …
Il est mort près de moi… nous mourrons tous.
Imagine que tu es là…
Quel jour nous sommes ?
Je veux savoir l’heure… je veux être sourd.
Je ne me souviens plus de leurs visages… je veux ma mère… un jour je l’ai vue en rêve.
Je veux sortir… je me marierai à toute les femmes quand je sortirai.
Compressé
Tu es ici, maintenant
Quelqu’un d’autre est là-bas
Des milliers d’autres sont là-bas, probablement pour l’éternité… là-bas.

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